Le bonheur ne se cache pas.

VDM Usagers

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Il y a quelques mois, j’ai « aimé », je me suis abonnée à une page Facebook qui s’appelle « VDM éducateur », entendez par là « Vie de merde éducateur », présentée comme suit « Une anecdote ? Un grand moment de solitude ? Que ce soit la loose ou hilarant partage ton experience par message privé… anonymat préservé ! ».

Je sais pas trop comment j’ai atterri sur cette page (sans doute via les nombreux groupes de partage éducatifs dont je fais partie) mais me voilà donc, depuis quelques mois, à lire quelques anecdotes qui ont l’air de faire du bien à ceux qui les racontent et à certain(e)(s) qui les lisent.

Au départ, j’avoue ! J’en ai lu quelques unes qui m’ont fait bien marrer. Sauf que ça va bien cinq minutes ! Les phrases trop choupinettes (il fut se l’avouer) que les enfants peuvent nous envoyer sans que nous puissions nous y attendre, ça oui ! Mais certains posts me questionnaient quant à leur pertinence. Le but principal, où est il quant tout ce qui semble vous faire rire est la moquerie ? Si, si !

 

Et puis ce matin est arrivé.

 

Avec mes collègues, nous avons crée un groupe de discussions partagées sur nos mobiles. Comme ça, on peut se faire passer les infos importantes, les photos toussa toussa ! Evidemment, difficile de se couper du boulot quand on reçoit des messages sur nos repos. Alerte désactivée, basta !

 

Ce matin, je consulte cette messagerie et je tombe sur ça :

« -Y a qui comme enfants aujourd’hui ?

-       - Il y a … … … et ….

-      - Génial, jsuis trop dépitée.

-       -Lol

-       -4 petits et un pot de colle. Journée de merde lol. »

 

Comprenez que j’ai été agacée ! Je fais donc un tour sur LE FAMEUX VDM éducateurs. Voici ce que j’y trouve :

 

« Educ en MECS, je n’oublierais jamais le jour où B. jeune fille de 16 ans un peu limitée vient me voir avec son tampon à la main pour me demander dans quel trou elle doit le mettre… connaissant bien cette jeune et la maiconnaissance du corps je lui demande tout d’abord si elle sait combien elle en a. Et elle me répond très sûre d’elle : « Bah oui j’en ai 4 »  VDM. »

 

 

Alors bon moi je veux bien rigoler et tout, c’est important l’humain toussa on a compris, je pense même que c’est vraiment très important de dire qu’on en a marre ou qu’il nous fait chier celui-là quand on rentre dans sa voiture ou quand on boit un café avec un collègue. Vraiment, il faut se lâcher sinon ça reste dedans, ça fait du poison et puis ça se transforme en rancoeur , c’est pas du tout rigolo ni agréable.

 

Quand j’ai vu cette « anecdote » pourtant, j’ai été chiffonnée. Rire, ok. Souffler, ok. Parler de nos émotions si intenses, puissantes et fortes soient-elles, ok. Parler des gens en les qualifiant avec condescendance et enfoncer le clou en leur manquant clairement de respect, je dis non. Et même si l’admin de ce groupe précise bien que « Celui ou celle qui trouvent cette page, les propos, les fautes d’orthographes, Vraiment trop insupportable … Quittez nous sans vous en prendre aux autres et sans tenter de m’expliquer votre point de vue … Je ne vous retiens pas vous êtes libre… Au pire je vous banni pour vous aider à nous séparer », bah moi j’ai quand même envie d’expliquer mon point de vue à ceux que ça intéresse avant de quitter ce groupe et ce réseau social.

Qu’on se le dise, aujourd’hui j’avais franchement autre chose à faire mais j’ai pensé à ces hommes et ces femmes qui, faute de mieux, placent leurs vies entre nos mains, passent leurs journées avec nous, leurs soirées, leurs nuits parfois, s’attachent à nous ou nous détestent. Ceux et celles qui regardent la vie dehors, hors les murs de l’institution en se disant qu’il n’y a pas de place là-bas pour eux. Ceux et celles qui, devenus grands, diront que les éducs sont des connards et qu’ils servent à rien. J’ai pensé à nos familles, vos familles, qui comptent peut-être des personnes en situation de handicap, vivant avec une maladie psychique, des vieilles ou des vieux malades, des enfants placés, des enfants ou adolescents autistes. J’ai pensé à ceux et celles que j’ai rencontrés dans ma petite vie d’éducatrice et avec qui j’ai souhaité le plus au monde entretenir une relation respectueuse, ni en haut ni en bas, juste là avec mon incompétence et leurs savoirs. Je me suis rappelé de leurs paroles, de leur regard sur eux-mêmes, de leur légitime colère à l’égard des professionnels.

 

Alors non aujourd’hui je ne me tairais pas. Aujourd’hui je parlerai pour eux, parce que cette « jeune fille de 16 ans un peu limitée » ne pourra pas le faire publiquement et ne pourra se défendre seule, de sa place d’usagère (entendez donc, de dominée oui, oui ! ). Je le fais pour elle et pour les autres moqués et humiliés par des soi-disant professionnels qui pensent pouvoir dire tout ce qu’ils veulent sous-couvert d’anonymat. Je le fais pour elle parce que je suis des leurs et que je préfère de loin me ranger du côté de celles et ceux que l’on nomme « usagers ».

 

« La jeune fille de 16 ans un peu limitée » je la plains beaucoup parce que je pense qu’elle est surtout limitée par les murs qui l’entourent et les adultes supposés savoir qui l’accompagnent, l’éduquent, l’aident chaque jour. Les limites sont d’abord créées par l’environnement. Nous sommes limités par des barrières, des interdits, des obstacles.  Sans entraves, nous sommes des êtres libres, pourvues de qualités, de compétences, de savoir-faire et de savoirs issus de notre expérience. Face aux difficultés que rencontrent les personnes que nous accompagnons, il est fort à parier que de grandes compétences aient émergé mais qu’elles sont dissimulées par ceux qui savent et qui ont le pouvoir.

 

« Connaissant bien cette jeune et sa méconnaissance du corps »

Comment , mais comment,  peut-on affirmer connaître l’autre quand on l’envisage sous ses limites/limitations/difficultés ? D’ailleurs, comment peut-on dire que nous connaissons les gens que nous accompagnons ? Pensons-nous vraiment avoir ce pouvoir, ce savoir sur l’autre que l’autre n’a pas ?

Personnellement je pense que tout ce que nous ne savons pas sur l’autre est une chance pour lui de prendre du pouvoir sur sa vie et de décider ce qu’il est et ce qu’il veut… Ceux qui partagent ma vie savent à quel point ma vision de l’éducation va dans ce sens, je ne saurais donc que répéter que c’est par nos manques, nos incompétences, notre absence de savoir que nous laissons de la place à l’autre.

 

Concernant la méconnaissance de cette jeune fille sur son corps, on se posera peut-être la question de ce qui a pu lui être proposée pour en connaître un peu plus (et pour éventuellement en disposer librement, de son corps… mais non, en fait, plutôt que de l’aider, notre cher éducateur préfère jouer aux devinettes :

« Je lui demande tout d’abord si elle sait combien elle en a ».

 

A ce niveau là de la lecture, j’ai presque du mal à écrire à quel point je trouve ce propos irrespectueux et j’ai juste envie de poser une question :

« Hé toi l’éduc tu n’as même pas honte ? »

Des éducs qui disent des conneries, ça existe (d’ailleurs j’ai du en dire quelquefois hein, on est humains), mais des éducs qui disent des conneries sans s’en rendre compte et qui les publient sur un réseau social comptant pas moins de 15000 abonnés, ça devient quand même grave si on imagine une seule seconde ce que pourrait ressentir cette « jeune fille » ou ses parents (qui n’ont donc aucune marge de manoeuvre quant au choix de leurs accompagnants) s’ils lisaient cette ANECDOTE.

 

Donc on est bien d’accord, petit éduc qui accompagne des jeunes un peu limités mais dont la personnalité n’a aucun secret pour toi,  tu proposes des devinettes salaces et mal placés à ces mêmes personnes, pour… te marrer/vérifier leurs connaissances/partager avec tes collègues ?

 

Ok. Laisse-moi juste alors, en parler publiquement parce que je pense que les gens doivent savoir ce que peut être  parfois la réalité du travail social. Des cons, persuadés de s’occuper de con, pour se persuader d’être moins cons. 

27 avril, 2016 à 19 h 53 min | Commentaires (0) | Permalien


Un proverbe arabe dit « ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle »

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Ce soir, je tiens à partager avec vous le livre, et l’auteure qui a été (et qui restera pour longtemps) mon coup de coeur littéraire de l’année.

Je vais parler ici du premier Roman d’Agnès Ledig, « Juste avant le bonheur ». Je pourrais parler de tous ses romans avec les mêmes mots, tant elle manie la plume avec émotion, intelligence et légèreté. J’ai eu la chance de la rencontrer cette année au Salon du Livre de Paris (et d’avoir ma petite dédicace si si !)

« Juste avant le bonheur » a beaucoup à vous offrir. Et surtout beaucoup d’émotions, des plus fortes aux plus douces, et des plus amères aux plus plaisantes. Vraiment, ce roman déborde d’émotions car il mêle en toute intelligence des événements (parfois très) dramatiques et les petits bonheurs tous simples. Pas le bonheur parfait, abstrait et inaccessible, non. Les petits bonheurs du quotidien, à travers un sourire, une étoile, une main sur une épaule, et par l’innocence de l’enfance. Ces petits riens qui font naître un sourire sur les lèvres du lecteur.

Cette histoire est tissée de rencontres : à la caisse d’un supermarché, au téléphone, sur une plage de Bretagne, dans un ascenseur, à bord d’un bateau. Des rencontres qui changent des vies. C’est aussi un peu un conte de fées :  des surprises, une princesse, un prince sur son cheval blanc, des princes… mais Maléfique n’est jamais très loin et nous attend au tournant…

Dès les premières pages, vous serez en empathie avec Julie en proie aux agissements de son connard de chef, et ce sentiment ne vous quittera pas. Julie, la vie ne l’a pas épargnée et « son insouciance a rejoint sa dignité au cimetière des illusions perdues ». C’est une héroïne tellement humaine qu’on ne peut que se laisser entraîner dans son histoire. Et que dire de Paul ? Un homme qu’on aimerait toutes croiser sur notre chemin… Et du petit Lulu, de son innocence, de sa pureté…

Les émotions y sont si bien décrites que l’on ne peut que les vivre au plus proche des personnages. On devine rapidement que ces émotions, Agnès Ledig les connaît et les a apprivoisé. Ce livre est un appel à la vie rempli d’espoir et de philosophie !

 

 

Je ne vous en dis pas plus.. Et vous laisse avec quelques une des plus belles phrases que j’ai relevées

 

« Un proverbe arabe dit ‘ne baisse pas les bras, tu risquerais de le faire deux secondes avant le miracle’ »

« Parfois, dans la vie, on a le sentiment de croiser des gens du même univers que nous. Des extra-humains, différents des autres, qui vivent sur la même longueur d’onde, ou dans la même illusion. »

« Ce n’est pas la vie qui est belle, c’est nous qui la voyons belle ou moins belle. Ne cherchez pas à atteindre un bonheur parfait, mais contentez vous des petites choses de la vie, qui, mises bout à bout, permettent de tenir la distance. »

« Quand on vit un grand malheur dans sa vie, on a l’impression que le regard des autres ne nous autorise pas à être joyeux, alors que tout au fond de soi, on sent que c’est cela qui permet de se maintenir en vie. »

« Vous arriverez à reconstruire votre château de vie, parce que la tempête vous a rendue solide. Et ce château, vous le construirez avec des grains qui vous ressemblent, qui ont aussi connu les déferlantes de la vie, parce qu’avec eux, le ciment est solide. »

 

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27 avril, 2016 à 19 h 27 min | Commentaires (0) | Permalien


Qu’est-ce que je fou là ?

« Qu’est ce qu’on fout là ? Tenter de répondre à la question, c’est entrer dans les nimbes du désir. Qu’est-ce qui nous pousse ? Qu’est-ce qui nous attire ? Quel est ce moteur surpuissant qui fait que je me mets une fois de plus à écrire sur mon métier et à côté…» 

Joseph Rouzel 

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Pour tenter de répondre à cette question l’enjeu est double. 

Écrire sur bien plus qu’un métier mais sur un engagement au quotidien, avec tous les remous et tracas existentiels qu’il nous amène à vivre. Mais pas seulement. Écrire  aussi sur la finalité même d’une profession qui, par-delà ses contours, se doit de laisser libre la personne qu’elle prend sous son aile, de contourner les plans qu’elle avait fait pour elle. Le travailleur social ne peut se montrer tout puissant dans le parcours de vie des personnes dont il fait la rencontre. 

D’hier à aujourd’hui, de mon entrée en formation à maintenant, je ne sais toujours pas ce que je fous là, ni même si j’apporte quelque chose à ceux que je croise dans une rencontre que l’on classifie « éducative »

  

  

 Je me reconnais bien souvent dans les mômes que je rencontre, les adolescents en particulier. Si je n’étais pas la même à leur âge, je n’en étais pas fort éloignée. Les adultes oublient trop souvent qui ils ont été : des enfants.  Un passé moins traumatique probablement pour ma part, quoique, les grandes violences ordinaires de la société sont parfois banalisées dans ce qu’elles peuvent causer comme séquelles à quelqu’un. Et puis les coups de la vie qui se répètent, l’enfance ne détermine pas non plus tout, la vie peut mettre des coups en permanence. Le passé, le présent… il est parfois dur de se construire lorsque les douleurs nous entaillent le cœur. 

 Dans chaque môme que je rencontre, il y a quelque chose de similaire, il y a cette faille qui raisonne et qui fait que je me sens proche. Je ne peux me désolidariser de l’enfant ni de l’adolescente que j’ai été, ni même de mes failles toujours présentes à l’âge adulte. Mon empathie vient de mon vécu. Et pour tout avouer, celle-ci s’est consolidée par tous ces vécus hors sentiers battus rencontré lors de mon métier. 

 Et si l’empathie me semble une qualité à l’âge adulte, face à des gamins récalcitrants et déviants, c’est que je me rappelle fort bien moi-même, ce manque d’empathie justement. Et n’oublions pas que les adolescents sont encore des enfants. 

 

 

  

Revenons à nos moutons ! Qu’est-ce qu’être éducatrice spécialisée ? A quoi je sers ? Il m’est difficile de répondre à cette question. Il m’est difficile de saisir l’essence de ma mission comme si celle-ci m’apparaissait impalpable. 

J’en ai pourtant rencontré des gamins, des adultes qui avaient ce besoin criant de soutien, ce besoin impérieux à l’intérieur de leurs comportements en marge, d’être reconnus, entendus dans tout ce que la vie avait pu leur faire vivre d’innommable. Car la souffrance d’un être ne se tait pas mais se camoufle au travers d’actes, d’attitudes, de comportements, tels les symptômes d’un parcours de vie que personne ne s’imagine et digne de nos pires cauchemars. 

  

Mon choix de carrière s’enracine d’abord dans un désir profond de solidarité. Et si je n’étais éducatrice somme toute que pour ne pas laisser autrui seul face à ce qu’il vit ? Probablement que je sers à ça, tout d’abord à rester solidaire. 

 Peut-être pas seulement. 

Peut-être également à apporter un peu de réconfort, de chaleur, d’humanité, à accueillir ceux qu’il m’est donné de rencontrer là où ils en sont et à éviter tout jugement mortifère sur leurs actes. 

Peut-être à leur permettre un espace d’écoute, de parole, de dialogue sur leur innommable cadenassé à clef, à leur permettre de faire des ponts entre un parcours de vie et certains actes, à leur donner espoir sur leurs possibilités,  à les aider à ce qu’elles adviennent. 

Peut-être à me servir de moi-même et de certains de mes aléas comme outil pour leur permettre de réaliser qu’une existence n’est jamais toute tracée et qu’il n’est pas vain de croire en demain. 

Peut-être à leur permettre de trouver les moyens de se réaliser au travers d’activités artistiques, créatives, où ils peuvent occuper une place nouvelle, se découvrir autrement, apprendre à être et à se valoriser.  Se réaliser en tant que personne au-delà des critères d’une société normative et compétitive. 

  

Je ne sais pas ce que je fous là ni même vraiment si je sers à quelque chose  Il me semble en effet impossible de mesurer les effets de mon action vis à vis d’autrui. Tout d’abord car se sortir de leur impasse prend du temps. Parfois énormément de temps. Ça ne veut pas dire que notre travail ne portera pas ses fruits plus tard. On réalise  parfois des avancées concrètes lors de notre action.  Parfois on se sent inutile pour celui qu’on tente de soutenir. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne lui sert à rien. Il est d’ailleurs pour certains question de moments, certains ne sont pas prêts à être aidés, même si l’on ressent qu’ils auraient besoin. Plus tard sera peut-être le moment pour eux. Ou pas. Peut-être la rencontre avec un autre éducateur fonctionnera aussi mieux. Car un accompagnement ne  se définit pas qu’avec des moyens mis en place, des projets, des entretiens… un accompagnement est en premier lieu une histoire de rencontre entre deux êtres. Une maîtresse de maison dans un foyer réussira parfois mieux à aider un enfant qu’un éducateur. Simplement parce que le lien fonctionne, que l’enfant reconnaît en cette personne celle avec qui il se sent bien et qui lui apporte ce dont il a besoin. 

 Accompagner, soigner, éduquer, notre action a-t-elle un impact si une personne n’adhère pas à l’aide proposée ? Je ne crois pas. 

 Je n’ai que des questions. Très peu de réponses. La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien. 

 Je crois cela dit en mon métier et je l’exerce avec passion. Je ne recherche pas l’efficacité mais que mon action fasse tout d’abord sens pour l’autre et qu’elle puisse, peut-être, lui servir à quelque chose. Peut-être à se trouver lui-même et à trouver ses propres solutions face à l’adversité. 

 Je crois en chaque personne et en ses possibilités de faire face , chaque fois. Je crois aussi en ses possibilités de s’en sortir sans moi même lorsque ses choix me troublent. Je ne détiens pas la vérité quant au bon chemin à prendre. Ce sont parfois les personnes qui m’apprennent. 

Dois-je m’offusquer si ma tentative de soutien ne prend pas ? Non… Je ne suis pas maître du destin d’autrui et ne cherche pas à contrôler son existence. 

  

J’ai la sensation d’exercer mon métier lorsque je mets des choses en place pour tenter de le soutenir, pas lorsque je suis efficace. 

Rechercher l’efficacité dans un accompagnement me semble dangereux car porte ouverte à tous les rejets de l’autre si celui-ci n’est pas prêt à aller mieux. 

  

Si la seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien (Big Up à Socrate !), c’est que mon action ne s’enfermera jamais dans une quelconque certitude, qu’elle se définit dans les contours d’une relation avec l’autre et qu’au travers de cet espace, tout est à recréer, sans cesse et avec l’autre. 

  

C’est pour cela que j’aime mon métier, car il n’est pas science exacte, qu’il bouscule nos certitudes et qu’il ne trouve sa pertinence que dans une ouverture et un dialogue avec autrui. 
Finalement, ma profession d’éducatrice spécialisée a débuté bien en amont de mon entrée en formation. 

Bien sûr la formation fut cependant capitale.  Celle-ci m’a apprise le recul, l’observation, l’analyse, le non jugement et, à travers différents travaux, à écrire sur ma pratique.  Le fil conducteur de mes questionnements d’antan est resté le même qu’aujourd’hui. 

Etre artisan de la relation humaine, comme le disait Lemay. 

 Se questionner, sans cesse, sur l’ajustement de celle-ci pour permettre à l’autre de dépasser ses répétitions. Parfois, on y gomme aussi les siennes. 

En effet de miroir, nos réactions influent sur l’autre. Lorsque l’on comprend cela, on ne se positionne plus de la même façon et on peut répondre à l’agressivité de l’autre avec plus de calme. Même, ne surtout pas répondre à celle-ci par de l’agressivité. 

L’agressivité, la violence même, me semblent être symptômes de profondes blessures non cicatrisées. Il faut être vigilent à notre façon d’y répondre si on veut ne pas mener l’autre dans la surenchère et le faire exploser pour de bon.   

 A mon sens, tout travailleur social doit travailler son égo afin de ne pas se laisser déstabiliser par l’agressivité de l’autre et ne pas devenir agressif à son tour. 

 Etre chercheur du quotidien, c’est avoir comme outil le quotidien. 

C’est à travers celui-ci et les interactions qui l’habitent, rechercher le positionnement juste et bienveillant, face à l’autre qui dérape et qui malmène les autres et parfois nous-mêmes. 

Un positionnement autre que celui qu’il provoque en général, souvent le rejet ou l’agressivité. 

Un positionnement différent, qui émettra un avis sur l’acte mais ne stigmatisera pas la personne a celui-ci. 

  

Etre chercheur du quotidien c’est parfois avancer en terrain miné, et quand les mines explosent, il faut savoir rappeler l’interdit, contenir, rassurer, apaiser et laisser du temps à l’autre pour avancer. Continuer à y croire. Parfois, l’enfant lui, n’a plus d’espoir. 

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On n’éduque pas des enfants comme on dresse des chiens.

27 avril, 2016 à 19 h 01 min | Commentaires (0) | Permalien


Les enfants, à table, j’ai fait du riz au lait !

Tout le monde connait la fameuse phrase de Proust sur les madeleines :

« Et tout d’un coup, le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (…) ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. » 

(Marcel Proust, Du côté de chez Swann, 1913).

 

Et bien aujourd’hui, je vous présente Ma Madeleine de Proust à moi, le Riz au lait de mon arrière grand-mère ! 

Il est onctueux, tendre, vanillé, caramélisé toussa toussa… mais surtout il plaît à Homme. Et alors cet argument n’a pas de prix. 

Quand je vois son petit sourire de plaisir je craque, que voulez vous !! 

 

Alors aujourd’hui, je partage avec vous en exclusivité cette recette mondialement connue dans ma famille ! 

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Il vous faut : 

-1 Litre de lait entier (voire cru, mais pour ceux qui ne connaissent pas, attention, son goût peut dérouter. C’est du VRAI lait !)

-150 g de riz rond

-100 g de sucre semoule

- 15 g de sucre vanillé

 

ET C’EST TOUT ! 

 

Je verse le riz dans une casserole et je porte à ébullition. Je surveille bien , car le lait a tendance à vite se sauver !

Dès qu’il bout, je verse le riz (pas rincé, pas blanchi !) en pluie. Je laisse cuire à feu tout doux 45 minutes (et non pas 20 comme dans les recettes que l’on trouve partout !)

Apres ces 45 minutes seulement j’ajoute mes sucres. Pourquoi après ? Ca le riz absorbe mieux le lait sans le sucre ! 

Je le place au frais, et je me régale ! 

 

ET C’EST TOUT ! C’EST TOUT MAIS PUTAIN QUE C’EST BON !

 

27 avril, 2016 à 18 h 46 min | Commentaires (0) | Permalien


C’est à cause de mon job !

Je pense qu’on peut tous dire que notre boulot nous pousse à la déformation professionnelle. Mais par contre, sachez que certains sont plus difficiles que d’autres à assumer. Regardez, un gynéco par exemple, sa déformation professionnelle s’arrêtera à faire des frottis à sa femme dans l’intimité..

 

En revanche, certains métiers sont assez terribles, et nous amènent à avoir des comportements qui peuvent paraitre au choix absurdes, chiants, débiles, obsessionnels ou à la imite du pathologique. Je parle de nous, éducateurs spécialisés, moniteur éducateur, AMP, educateur de jeunes…

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1 – Vous gardez tout et n’importe quoi chez vous et vous accumulez des objets improbables : Vous êtes au delà du « on ne sait jamais, ça peut servir », généralement défendu par la plupart des gens. Non, vous, vous ne pensez pas que cela peut servir, vous SAVEZ que vous allez vous en servir. Quelques exemples ; les bouchons de liège, les brochettes de barbecue, les morceaux de papiers dits « sortant de l’ordinaire » (de la fin d’un rouleau de crépon à un joli emballage cadeau), des vieux journaux (comment voulez vous faire du papier maché ?), de vieux magasines, des morceaux de bois issus de vieux meubles, des boites de camembert, de la farine (que vous rachetez régulièrement, pensant que votre stock est épuisé, ce qui vous fait environ 5 kg de farine. Mais pour la pâte à sel, il faut bien cela). Des briques de jus de fruits/lait (qui peuvent faire, avec un peu de travail, de très jolis porte monnaie), des fils de cotons tout emmêlés (quand on les aura démêlé, on pourra faire de très joli bracelets), des perles trouvées de ci de là, du carton, des feuilles … Je ne vous parle même pas de la tête de la personne qui partage votre vie, et qui regarde votre bazar avec dépit vous demandant régulièrement si vous comptez un jour vous en servir. Etre éduc, c’est être Mc Gyver. Point à la ligne.

 

 

2 – Vous connaissez un tas de chansons débiles, et vous vous réjouissez lorsqu’une personne de votre entourage les connait aussi. Et c’est parti pour un Jean Petit qui danse, suivi de la famille Tortue, de meunier tu dors, de l’empereur qui n’a que ça à foutre que d’aller chez vous tous les jours de la semaine, tape tape petites mains, mon bocal est trop petit, y’avait des gros crocodiles … bref, toutes les chansons idiotes qui vous restent en tête. Cette déformation fonctionne aussi avec les jeunes mères, qui chantent régulièrement à leurs enfants des chansons niaises, et sont contentes de voir les enfants sourire et essayer de les imiter.

 

 

3 – Vous avez toujours des vêtements « traine savate ». Pour vous dire, moi, j’ai même des vêtements « au cas où » au travail. Cette décision date du jour où une gamine a essuyé tout son caca sur mon jean et que j’ai pué pendant toute la journée … Maintenant, j’ai des vêtements de rechange. Et au travail, je me risque peu à mettre des fringues sympas : entre la préparation des repas qui tourne bien souvent au fiasco, les feutres qui tombent accidentellement sur mon magnifique petit chemisier, la gastro d’intel et les crises que violence d’une-telle…. Ah si ! Les Mardis c’est réunion, alors on peut s’accorder parfois le luxe de porter une jupe ! Bref, en gros, être sexy au travail est possible, mais à vos risques et périls.

 

 

4 – Vous avez un tiroir à bonbon, café et douceurs en tout genre. L’achat du silence d’un enfant par un bonbon est indiscutablement une solution miracle. Du coup, vos armes sont enfermées. Et bien sûr, les bonbons que vous n’aimez pas, vous les distribuez aux collègues que vous n’aimez pas. Ca fonctionne super bien, croyez moi.

 

 

5 – Vous vous lavez les mains tout le temps. Tout le temps. Tout le temps.

 

 

6 – Vous trouvez des solutions improbables à tout : je parlais de Mc Gyver, mais en vrai, nous avons ce syndrome. Nous réussissons à fabriquer des choses incroyables avec deux bouts de bois et un peu de papier kraft. Ca ne tient que très moyennement dans le temps, et lorsque vous essayez de reproduire ce que vous avez fait chez vous, vous rencontrez deux problèmes ; le premier est un « je comprends pas, dans mon groupe, ça a super bien tenu », et le second est la réaction de Homme qui va vous regarder bizarrement en vous disant « non mais tu es sérieuse, tu vas vraiment mettre tes animaux en cure dent comme décoration sur les meubles ? ».

 

 

7 – Vous vous rendez compte que vous parlez aux animaux et que vous les punissez comme vous faites avec les enfants. Allez ne rougissez pas, vous le faites tous. C’est affreux. J’assume totalement. Chat en paie les conséquences.

 

 

8 – Lorsque vous rencontrez un de vos pairs, vous ne pouvez vous empêcher de parler boulot. Pire, vous racontez toutes les horreurs qu’ils vous font parfois subir, vous faites limite un concours pour savoir qui a vécu le pire, et vous en riez, alors que dans le travail, ça ne vous fait pas rire du tout.

 

 

9 – Vous êtes prêt à rendre service à votre prochain. Sauf que parfois, ça devient carrément excessif, et que vous vous retrouvez un jour, assise dans le bus, et lorsque vous voyez un mec se lever, le froc à moitié descendu, vous amorcez votre phrase « remonte ton pantalon on voit tes fesses ». Heureusement, vous avez le bon sens de vous arrêter pile au bon moment.

 

 

10 – Vous partagez votre vie avec quelqu’un d’extrêmement patient, qui essaye de se passionner pour ce que vous lui raconter, qui écoute vos idées farfelues, et qui ne vous juge pas. Je tiens d’ailleurs à rendre hommage à tous ces maîtres de la patience, et à Homme en particulier (<3)

 

 

11 – Vous parlez de votre métier avec passion, et récoltez les regards ahuris de certains amis qui vous disent « non, mais comment tu fais pour faire ce boulot ». Vous riez et dites « je le fais parce que j’aime le faire, et que ça m’amuse ».

 

 

12 – Vous vous sentez blindé face à tout. Et le pire, c’est que, l’expérience augmentant, c’est vrai. Je ne supportais pas les cacas. Maintenant ça va. Le vomi me dégoûtait. C’est terminé, maintenant je fais front. Les gosses essayent de me frapper. Je ne cille pas. Du coup, sorti du boulot, je regarde le monde d’un autre oeil, et me montre que très moyennement touchée ou impressionnée par ce qui se passe autour de moi. Je suis pleine de sens pratique (de là à dire de bon sens, faut peut être pas exagérer).

 

 

13 – Y’a toujours un moment où vous vous dites « c’est bon, je fais déjà du social/je m’occupe déjà des autres toute la journée, je ne vais pas faire des heures sup  à la maison ». Toujours.

 

 

14 – Vous êtes devenus un spécialiste des réunions, et savez toujours combler le vide d’une conversation.

 

 

15 – Vous trouvez toujours une anecdote (généralement scato) sur votre travail pour animer un dîner de famille ou entre amis. Ca met tout de suite dans l’ambiance.

 

 

 

Allez, je m’arrête là, bien consciente que je pourrais en rajouter des tonnes. Mais je vous attends au tournant … vous avez développé quoi comme névrose vous ?

27 avril, 2016 à 18 h 27 min | Commentaires (0) | Permalien


Qui suis-je ?

 » J’me présente je m’appelle Schumette,

J’voudrais bien réussir ma vie, être aimééééé

Etre belle gagner de l’argent

Puis surtout être intelligente « 

 

Je m’appelle Schumette.

 

Comme vous l’aurez compris, il s’agit d’un pseudonyme. Un nom de plume, pour faire dans la poésie. En effet, je pense que lorsque l’on écrit sous l’anonymat, on est moins bridé (Non, je ne suis pas asiatique pour autant). On est plus libre de parler sans avoir peur de choquer, de heurter, de faire fuir son entourage…

 

Mais en vrai …

 

Comme j’écris sous l’anonymat, je peux tout vous révéler (sauf mon identité muhahaha !)

J’ai 22 ans, et je vis à Fontainebleau avec Homme et Chat. Homme est au courant du nom de plume et c’est même lui qui l’a trouvé. Et Chat, bah il aime bien. Je suis éducatrice spécialisée dans la protection de l’enfance en danger. Je suis passionnée par mon métier. Vous pourrez le constater par vous même.

 

Pour ce qui est de mes influences, de mes réflexions, de mes coups de coeur, je vais laisser les articles parler pour moi … Ce blog n’a aucun but particulier, sinon celui de vous faire partager des petites tranches de ma vie. 

 

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27 avril, 2016 à 18 h 18 min | Commentaires (0) | Permalien